Je crois que je ne suis pas assez mature pour laisser des silences envahir ma vie. Je n'ai besoin que d'agitations, parfois inutiles, mais ce sont les cris, les rires, les disputes même parfois, qui alimentent mes impressions de bien-être. De bonheur, même. Il faut que tout s'enchaîne, que mon environnement ne me laisse aucun répit, je veux tout, très vite, très fort. L'intensité, la vraie, je le sais pourtant, se trouve dans cette surprise qui suit justement le silence. L'intensité c'est ce contraste avec le calme, c'est cette immense montagne quand tout était plat. On ne l'atteint pas en se débattant dans une multitude d'actions confuses et désordonnées.
La maison devient tout à coup silencieuse et vide, tout le monde a fermé sa porte. Tu erres, avec ta rage encore intacte, tu erres et tu frappes très fort dans les portes, et tu hurles, et tu voudrait au moins qu'ils te voient, au moins qu'ils t'entendent. Mais rien. Rien que le néant et toi. Et eux, un peu présents, mais qui te tournent le dos. On t'a laissée avec tes sentiments qui bouillonnent, des émotions qui fusent, des appréhensions en vrac. Séparés par des murs épais et hermétiques. Regardez-moi, voyez-moi. Tu te heurtes aux vides et au glacial. La maison est trop grande. Tu préférerais étouffer dans un espace plus réduit. Ça te fait mal de te sentir si petite confrontée à l'immensité et l'absence.
Un moment de répit dans ma vie, ça donnerait, ça donne ça. Je ne sais pas si je suis capable d'habiter toute seule et être confrontée à la réalité. Ici, j'ai au moins l'illusion. L'illusion d'être entourée, tandis que je suis seule avec moi-même. Rentrer chez soi et se dire, pour de bon, puisqu'il n'y a personne d'autre dans la pièce, que c'est bel et bien entre nos mains que tout repose. Même si ça a toujours le cas, et, à degrés différents, pour tout un chacun, ce doit être effrayent de le voir chaque jour de manière concrète.
Mais continuer à se perdre dans des environnements parasites plutôt que d'oser être confronté à soi-même et à la vérité? Ce serait bien trop lâche.